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Saint Benoît : témoin de la Miséricorde

F.André Boria. Abbaye de saint Wandrille

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  • 29 décembre 2013
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"... Saint Benoît met l’accent sur la miséricorde du moine à l’égard de ses frères. Selon son génie, le Maître fait preuve d’une préoccupation plus théologique. Le maître spirituel qu’est saint Benoît, l’éducateur si attentif aux rapports interpersonnels au sein de la communauté, se soucie avant tout de former moralement ses disciples, de conforter entre eux cette miséricorde fraternelle, qui s’appuie sur al miséricorde inlassable de Dieu, et qui concourt efficacement à la concorde et à la paix communautaires dans un charité réciproque..".

Quand il rencontre Moïse sur le Sinaï, le Seigneur se révèle à lui comme un « Dieu de tendresse et de Miséricorde, riche en grâce et en fidélité » (Ex. 34,6). Tel il se manifeste tout au long de l’histoire d’Israël. Sans se lasser des misères et des infidélités de son peuple, il se montre toujours secourable pour l’en délivrer. Ce n’est pas de sa part simple compassion.
Fidèle à lui-même et à son alliance, il s’incline vers le malheur de l’homme pécheur et repentant. Il lui fait grâce en lui accordant pardon et miséricorde.
Avec des entrailles de mère, il se penche avec tendresse sur la détresse humaine pour en tirer ses enfants et pour les en soulager.

Cette miséricorde divine éclate dans l’existence même du Christ, parfaite image du père. Jésus nous apprend que la miséricorde est le propre de dieu et nous manifeste la perfection divine.
C’est à la même perfection qu’est appelé l’homme devenu fils adoptif du Père, et elle doit être la caractéristique du chrétien : « Devenez et soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ». (Luc 6,36 ; cfr Mat. 5,48).

Cet enseignement capital de jésus sera repris tant par le Nouveau testament que par la Tradition. Pour sa part, la Règle de Saint Benoît s’en fait l’écho fidèle. Son vocabulaire, en particulier, le prouve. C’est ce dernier qui sera étudié ici, à la lumière de la Règle du Maître, dans les cinq mots latins qui s’y rapportent : miser, misereri, miseria, misericordia, misericors. Même si cette approche et cette étude ne peuvent cerner le problème en son entier, ils apporteront les éléments d’une réponse valable.

La miséricorde de Dieu.

A la misère de l’homme s’oppose la miséricorde de Dieu. Le Maître ne manque pas de rappeler ce contraste à plus d’une reprise, en utilisant pour cela le substantif misericordia (miséricorde) ou, moins fréquemment, l’adjectif misericors (miséricordieux) et le verbe misereri (avoir miséricorde). Le moine tenté ou pécheur peut être assuré de la miséricorde divine, qui demeure toujours un don gracieux et gratuit, que dieu accorde à tel frère ou dont il comble toute la communauté. C’est aussi sa miséricorde qu’il témoigne au monastère dans le moine qui y est reçu, comme dans le cadeau offert par un clerc.

Saint Benoît, lui, allègue la miséricorde divine à trois reprises. C’est ainsi qu’il reprend textuellement, le message de son devancier au cinquième degré d’humilité : « Confessez-vous au Seigneur, parce qu’Il est bon, parce que sa miséricorde est à jamais » (7,46).
La légère divergence qui le démarque du Maître est significative. Maintenant l’adjectif « bon » au masculin, en conformité avec le texte de la Vulgate, saint Benoît s’en tient au sens exact de l’original. Ce n’est plus la confession, l’acte d’avouer ses pensées mauvaises à son abbé, qui est bon pour le moine.

C’est Dieu lui-même qui est bon. C’est de cette bonté essentielle de Dieu que découle sa miséricorde éternelle, qu’il exerce à l’égard du moine pécheur et repentant. Saint Benoît rétablit ainsi le fondement théologique de la miséricorde divine envers le frère tombé dans le péché : celle-ci provient de la bonté bienveillante du Seigneur.

Il apporte une autre modification, encore plus notable, au texte du Maître, quand il rédige à sa façon son dernier instrument des bonnes œuvres.

« Ne jamais désespérer de Dieu  » (RM 4, 77) devient dans sa Règle « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu  » (4,74).

Si le moine est invité à ne jamais désespérer de Dieu, c’est justement à cause de la miséricorde divine, dont il est absolument assuré. En ajoutant cette nuance de valeur au passage de son prédécesseur, saint Benoît précise le motif surnaturel de cette espérance indéfectible, qui doit toujours demeurer au cœur du moine.
Il clôt ainsi admirablement, sur cette évocation consolante et réconfortante, cette longue liste d’instruments spirituels.
Même si le frère n’a pu ou n’a voulu utiliser aucun de ceux qui précédaient, il sait qu’il peut toujours compter, en définitive, sur la miséricorde de Dieu, à condition de mettre en lui son espérance

Le dernier passage de la Règle bénédictine cite le verset 10 du psaume 47 : « Nous avons reçu, Seigneur, ta miséricorde au milieu de ton temple  » (53,14). Le Maître utilisait déjà, à deux reprises, ce même verset (RM 65, 9 ; 73,10), là encore avec une légère variante. Saint Benoît remet le verbe au passé, soulignant ainsi que ce don de Dieu est déjà réalisé maintenant. En outre, il reprend le singulier « ta miséricorde » au lieu du pluriel de la Règle du Maître. Il suit plus exactement la version de la Vulgate. De ce fait, il met l’accent sur la miséricorde fondamentale de Dieu plutôt que sur ses manifestations concrètes.

En outre, le contexte dans lequel il introduit ce verset scripturaire élargit le point de vue de son devancier. Ce n’est plus seulement pour recevoir un frère étranger ou accepter une précieuse eulogie que la communauté invoque ce passage de l’Écriture. Elle le prononce avec foi en accueillant tout h^te qui se présente au monastère. Car accueillir un hôte, c’est accueillir le Christ en personne. C’est recevoir la miséricorde divine faite chair. C’est pourquoi cet hôte est traité avec toute la charité évangélique, qui symbolise le lavement des pieds (cf.Jo.13).

Dans l’ensemble, saint Benoît élargit donc les perspectives du Maître. La Miséricorde divine englobe explicitement toute la vie du moine et celle de la communauté. Elle embrasse aussi tout hôte qui vient au monastère. Elle touche en fait tous ceux qui y viennent ou qui y passent.

* Cet article condense un travail pari précédemment sous le titre « La miséricorde chez le maître et chez saint Benoît »,
dans les Regulae Benedicti Studia (EOS Verlag, D-8917 Sainkt Ottilien, RFA), 13, 1984, p. 57-67.

Merci à l’abbaye Saint Martin de Ligugé qui a mis à notre disposition cet article.

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