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        "Perdre du temps " à accueillir les jeunes

"Perdre du temps " à accueillir les jeunes

Pape François

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  • 9 janvier 2017
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" Pour être crédibles et entrer en harmonie avec les jeunes, il faut privilégier la voie de l’écoute, savoir ‘perdre du temps’ à accueillir leurs questions et leurs désirs », conseille le pape François"
"Devant les participants au Congrès organisé par le Bureau national pour la pastorale des vocations de la Conférence épiscopale italienne, le 5 janvier 2017, le pape a assuré : « votre témoignage sera d’autant plus persuasif si… vous savez raconter la beauté, l’étonnement et la merveille d’être amoureux de Dieu"


Chers frères et sœurs,

Au terme de votre congrès de pastorale vocationnelle, organisé par le Bureau de la Conférence épiscopale italienne, je suis heureux de pouvoir vous accueillir et vous rencontrer. Je remercie Mgr Galantino pour ses aimables paroles ; et je me félicite de l’engagement avec lequel vous assurez ce rendez-vous annuel dans lequel sont partagées la joie de la fraternité et la beauté des différentes vocations.

Devant nous, s’ouvrent l’horizon et le chemin vers l’Assemblée synodale de 2018, intitulé « Jeunes, foi et discernement vocationnel ».

Le « oui » total et généreux d’une vie donnée est semblable à une source d’eau, cachée depuis longtemps dans les profondeurs de la terre, qui attend de jaillir et de couler à l’extérieur dans un ruissellement de pureté et de fraîcheur. Les jeunes d’aujourd’hui ont besoin d’une source d’eau fraîche pour se désaltérer et poursuivre ensuite leur chemin de recherche. « Les jeunes ont le désir d’une vie grande. La rencontre avec le Christ, le fait de se laisser saisir et guider par son amour élargit l’horizon de l’existence et donne une espérance solide qui ne déçoit pas » (Enc. Lumen fidei, 53).

Dans cet horizon se situe aussi votre service, avec son style propre à l’annonce et à l’accompagnement vocationnel. Cet engagement requiert passion et sens de la gratuité. La passion de l’implication personnelle, en sachant prendre soin des vies qui vous sont remises comme des écrins qui renferment un trésor précieux à garder. Et la gratuité d’un service et d’un ministère dans l’Église qui requiert un grand respect pour ceux dont vous vous faites les compagnons de cheminement.

C’est un engagement à chercher leur bonheur et cela va bien au-delà de vos préférences et de vos attentes. Je fais miennes les paroles du pape Benoît XVI : « Soyez des semeurs de confiance et d’espérance. En effet, le sentiment de désarroi que vit souvent la jeunesse d’aujourd’hui est profond. Les paroles humaines sont souvent privées d’avenir et de perspective, privées aussi de sens et de sagesse. […] Et pourtant, cette heure peut être celle de Dieu » (Discours aux participants au Congrès européen sur la pastorale vocationnelle, 4 juillet 2009).

Pour être crédibles et entrer en harmonie avec les jeunes, il faut privilégier la voie de l’écoute, savoir « perdre du temps » à accueillir leurs questions et leurs désirs. Votre témoignage sera d’autant plus persuasif si, avec joie et vérité, vous savez raconter la beauté, l’étonnement et la merveille d’être amoureux de Dieu, des hommes et femmes qui vivent avec gratitude leur choix de vie pour aider les autres à laisser une empreinte inédite et originale dans l’histoire. Cela requiert de ne pas être désorientés par les sollicitations extérieures, mais de faire confiance à la miséricorde et à la tendresse du Seigneur en ravivant la fidélité de nos choix et la fraîcheur du « premier amour » (cf. Ap 2,5).

La priorité de l’annonce vocationnelle n’est pas l’efficacité de ce que nous faisons, mais plutôt l’attention privilégiée à la vigilance et au discernement. C’est avoir un regard capable de percevoir la positivité dans les événements humains et spirituels que nous rencontrons ; un cœur étonné et reconnaissant devant les dons que les personnes portent en elles, mettant en lumière les potentialités plutôt que les limites, le présent et l’avenir en continuité avec le passé.

Il faut aujourd’hui une pastorale vocationnelle aux horizons amples et avec le souffle de la communion, capable de lire courageusement la réalité telle qu’elle est avec les fatigues et les résistances, en reconnaissant les signes de générosité et de beauté du cœur humain. Il est urgent de remettre au sein des communautés chrétiennes une nouvelle « culture vocationnelle ». « Fait encore partie de cette culture vocationnelle la capacité de rêver et de désirer en grand, cette stupeur qui permet d’apprécier la beauté et de la choisir pour sa valeur intrinsèque, parce qu’elle rend la vie belle et vraie » (Œuvre pontificale pour les vocations, Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe, 8 décembre 1997).

Chers frères et sœurs, ne vous lassez pas de vous répéter à vous-mêmes : « je suis une mission » et pas simplement « j’ai une mission ». « Il faut reconnaître que l’on est marqué au feu par cette mission d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer » (Exh. Ap. Evangelii gaudium, 273).

Être une mission permanente demande du courage, de l’audace, de l’imagination et l’envie d’aller au-delà, d’aller plus loin. En effet, « Lève-toi, va et ne crains pas » a été le thème de votre congrès. Cela nous aide à faire mémoire de nombreuses histoires de vocation, où le Seigneur invite ceux qui sont appelés à sortir d’eux-mêmes pour être un don pour les autres ; il leur confie une mission et les rassure : « Ne crains pas parce que je suis avec toi » (Is 41,10).

Cette bénédiction se fait encouragement constant et passionné pour pouvoir aller au-delà des peurs qu’ils renferment en eux-mêmes et qui paralyse tout désir de bien. Il est beau de savoir que le Seigneur prend sur lui nos fragilités, nous remet debout pour que nous retrouvions, jour après jour, l’infinie patience de recommencer.

Sentons-nous soutenus par le Saint-Esprit pour distinguer courageusement des voies nouvelles pour l’annonce de l’Évangile de la vocation, pour être des hommes et des femmes qui, comme des sentinelles (cf. Ps 130,6), savent saisir les rayons de lumière d’une aube nouvelle, dans une expérience de foi et de passion renouvelée pour l’Église et pour le Royaume de Dieu. Que l’Esprit nous pousse à être capables d’une patience amoureuse, qui ne craint pas les inévitables lenteurs et résistances du cœur humain.

Je vous assure de ma prière ; et vous, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.

« Lève-toi, va et ne crains pas. Vocation et sainteté : je suis une mission »

« Lève-toi », a expliqué le pape, c’est la parole adressée par l’ange à saint Pierre dans sa prison. Pierre est libéré, il va dans une maison mais il doit frapper plusieurs fois à la porte parce qu’au début, les personnes réunies en prière ne croyaient pas que c’était vraiment lui. Ainsi, a continué le pape, beaucoup de jeunes entendent peut-être cet appel : « Lève-toi », mais par peur, ils préfèrent fermer les portes. « Ouvrir les portes, en revanche, signifie prendre des risques », a commenté le pape.

Et puis il a recommandé la prière car les diocèses riches en vocations, ce sont ceux dont les évêques demandent de prier pour les vocations :« J’ai entendu parler de certains diocèses qui ont été bénis par des vocations, dans le monde : certains. En parlant avec les évêques : « Mais qu’avez-vous fait ? » Mais avant tout, une lettre de l’évêque, tous les mois, aux personnes qui voulaient prier pour les vocations : les petites vieilles, les malades, les époux ».

La première tâche des évêques est donc la prière, la deuxième, l’annonce de l’Evangile. Sans le levain de la prière, en effet, on peut faire l’organisation la plus parfaite mais elle n’aura pas de force. Par exemple, a dit le pape, quand, dans les paroisses, il est parfois écrit sur la porte que les confessions sont de telle à telle heure. La remarque était générale, sans viser les curés italiens auxquels, au contraire, le pape François a rendu hommage, notamment les curés de campagne qui servent plusieurs villages.

Si nous voulons des vocations, souligne le pape, « la porte ouverte, la prière et cloués sur le siège pour écouter les jeunes, les écouter davantage que leur parler » : dire une parole qui sera une semence qui les travaillera de l’intérieur, ce que le pape appelle « l’apostolat de l’oreille ». Il est donc important, insiste-t-il, de « perdre du temps » avec les jeunes.

Et aussi « l’apostolat du cheminement », c’est-à-dire de faire cheminer les jeunes en les accompagnant : « Inventer des actions pastorales qui impliquent les jeunes, pour leur faire faire quelque chose. Pendant les vacances nous partons une semaine « missionner » ou rendre un service social ou toutes les semaines nous allons à l’hôpital, ceci, cela, ou donner à manger aux sans-abris dans les grandes villes… Les jeunes ont besoin de cela ».

Il faut donc les mettre en chemin parce que les jeunes pour qui tout est assuré sont des « jeunes à la retraite », a encore fait remarquer le pape qui, lors de ses voyages, a l’habitude en effet de rencontrer les jeunes dans une réunion ou pour déjeuner : ils posent des questions, ils sont inquiets. Mais l’inquiétude est une grâce de Dieu et il faut la faire cheminer, proposer des choses à faire.

Et enfin, le témoignage de prêtres et de sœurs est « central » affirme le pape qui résume : ne pas être des personnes qui cherchent des sécurités, qui ferment les portes, qui n’ont pas le temps, mais des personnes chez qui ont peut voir ce qu’elles prêchent, car c’est le témoignage qui attire les jeunes.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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