Soeurs de Marie Joseph et de la Miséricorde
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        Marie Thérèse, temoin de la Miséricorde

Marie Thérèse, temoin de la Miséricorde

Homélie de Mgr HERTZOG

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  • 9 janvier 2016
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"Aidons-nous à nous reconnaître, aujourd’hui, tels que nous sommes, aimés de Dieu, appelés, rassemblés, façonnés et envoyés par Lui à ce monde, à ces personnes qui attendent, plus ou moins consciemment, la Bonne Nouvelle et ont besoin de découvrir à travers nos pauvres paroles et gestes qu’elles sont reconnues, estimées, aimées et appelées à la dignité et à la liberté des enfants de Dieu."


« Le propre des grands cœurs, c’est de reconnaître les problèmes de leur temps et de s’y consacrer. »

Cette parole de Frédéric Ozanam est magnifiquement illustrée par Marie-Thérèse Charlotte de Lamourous.

"Fille d’ancienne et petite noblesse, elle naît à Barsac, le 1er novembre 1754. Son père est avocat au Parlement de Bordeaux. C’est une enfant prématurée, « sans couleur et ans voix, au visage informe et velu » qui, pourtant, survécut et devint une vigoureuse et charmante petite fille.
Avec sa famille, elle est bien enracinée en terre girondine : à Barsac où elle vit jusqu’à l’âge de 12 ans, à Bordeaux où elle vécut longtemps sur la paroisse de Sainte Eulalie, comme dans la propriété familiale du Pian Médoc où elle dut se réfugier pendant la Terreur.
C’est sa mère qui s’occupe de son éducation profane et spirituelle. Grâce à elle, Marie-Thérèse aura une culture générale assez étendue, une formation et une expérience chrétienne qui lui permettront de grandir et de servir à la suite du Christ, déjà dans sa vie simple et concrète de jeune fille de bonne famille.
Très attachée à Jésus Christ, assidue à la prière, nourrie de l’Eucharistie, elle est aussi guidée par un prêtre, l’abbé Noël Lacroix, réputé pour la solidité de sa foi, sa fidélité à l’Église et se consacrant tout spécialement à la formation spirituelle des prêtres et des étudiants. Par la suite, elle bénéficiera longtemps de l’accompagnement du Père Chaminade.
C’est donc en Église qu’elle reçoit le don de la foi, qu’elle grandit dans la foi, une foi se manifestant dans le service du prochain.
Pour suivre Jésus Christ, elle pense à la vie religieuse mais, dissuadée d’entrer au Carmel par son accompagnateur, elle choisit de vivre le célibat en demeurant dans le monde, dans une vie de dévouement.

Lorsque éclate la Révolution et que la Constitution civile de Clergé vient semer le trouble et la division dans l’Eglise de France, Marie-Thérèse choisit tout naturellement la fidélité et entre dans la résistance, ce qui requiert un grand courage ! Il ne fait bon alors d’être noble, de refuser les services du clergé assermenté et d’avoir recours aux prêtres réfractaires, de les protéger et de les cacher alors que, dès le 15 juillet 1792, les Abbés Langoiran, vicaire général, et Dupuy sont massacrés sur les marches du Palais Rohan. En deux ans, 302 personnes sont exécutées place de la Nation (notre place Gambetta), 174 prêtres et fidèles sont cités devant le tribunal révolutionnaire, 92 sont guillotinés : 20 ecclésiastiques, 38 laïcs, 17 religieuses, 17 femmes et jeunes filles.
Mademoiselle de Lamourous est entrée sans hésitation dans la résistance active. Elle introduit les prêtres réfractaires auprès des malades et des mourants. Elle s’introduit, elle-même, auprès du Comité de Surveillance qui tient les registres des suspects à arrêter, pour avertir à temps ceux et celles qui sont menacés.
Rieuse, spirituelle, éloquente, elle pérore sur les grands thèmes : liberté, égalité, souveraineté du peuple, guerre aux tyrans, s’intéresse aux travaux des bureaucrates de la Terreur, surprenant leurs projets, suscitant leurs confidences pour prévenir à temps ses amis menacés.

Le 27 avril 1794, elle doit quitter Bordeaux et se retire au Pian Médoc. Là, elle est en relation, sans assister à ses offices, avec le curé assermenté. Elle l’aide finalement à se repentir et à se rétracter quelques mois plus tard. Souvent inquiétée, même une fois arrêtée, elle échappe aux poursuites mais n’en continue pas moins ses activités. Elle développe ses initiatives ; et, jusqu’au Concordat, organise localement un véritable service pastoral. Elle participe à l’effort de bien des laïcs, soutenus par des prêtres peu nombreux et ayant de la difficulté à se déplacer, souvent menacés, arrêtés et exilés.

Elle lit aussi St Vincent de Paul, apprend à son école à contempler pour agir, à patienter sans enjamber sur la Providence, à soumettre sa volonté à ses supérieurs, à tout sacrifier pour choisir de faire l’œuvre de Dieu en vivant l’Évangile.
Elle apprend aussi à suivre l’exemple de Thérèse d’Avila et à se livrer entièrement à l’amour divin.

Dès que la situation devient plus calme, Marie-Thérèse prend goût à la solitude et à la contemplation. Monsieur Chaminade pense pourtant que cette femme est faite pour l’apostolat. Il évoque même "le bien à faire envers des personnes exposées à perdre une éternité de bonheur en perdant leur honneur sur terre". Mais rien n’est encore clair. Souvent, Marie-Thérèse demande à Dieu dans sa prière : "Que voulez-vous de moi ? Vous plaît-il que je m’embarque sur un vaisseau sans avirons ?"
C’est dans ce contexte que, sollicitée par une de ses amies, Jeanne de Pichon Longueville, qui vient d’ouvrir un modeste lieu d’accueil pour des prostituées qui veulent échapper à leur milieu et changer de vie, elle finit par accepter de visiter cette maison, malgré ses réticences et sa répugnance. Choquée et émerveillée à la fois, elle y reviendra. Elle vit un véritable combat spirituel et finalement franchit le pas. Au terme d’une visite, au lieu de repartir avec ses amis, elle les laisse sur le seuil en leur disant : "Bonsoir, je reste :" Et elle trouve là une paix intérieure et une joie profonde malgré les énormes difficultés qui ne manquent pas.

Les commencements de l’œuvre de la Miséricorde furent le cahot d’un nouveau monde. Le manque de moyens matériels, les crises internes, l’arrivée providentielle d’aide tout juste suffisante pour éviter la faillite et la mort de l’œuvre, tout cela conforte Marie-Thérèse dans sa confiance en la Providence, dans sa détermination à faire toujours tout son possible mais en s’en remettant uniquement à Dieu.
"J’ai toujours craint de trop m’appuyer sur les calculs et les secours humains, écrira-t-elle. Faisons toutes les démarches auxquelles nous sommes obligées, mais confions nous entièrement à Celui qui a dit : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît."
Dans les difficultés, elle a peur d’être présomptueuse ; elle aime beaucoup une image : une barque sans avirons, pour gouvernail une croix, un cœur à la proue et l’inscription : "La Providence me conduit."
Cette confiance en la Providence s’accompagne du respect scrupuleux de la liberté des pensionnaires repenties qui sont toujours libres de partir, car elle estime et respecte ces filles qu’elle considère comme des personnes. Elle est persuadée qu’une conversion sincère demande toujours une collaboration volontaire à la grâce de Dieu.
Comme Vincent de Paul à son époque, Marie-Thérèse de Lamourous ne veut pas que l’œuvre de la Miséricorde soit prisonnière des statuts de la vie religieuse, telle qu’elle est alors habituellement vécue dans l’Église et surtout, maintenant, encadrée par le Gouvernement impérial.
Sans qu’elle le cherche, son œuvre fit école et elle aide en formant et soutenant Thérèse Rondeau à la fondation de la Miséricorde de Laval et des Filles de Marie à Agen.
Le rayonnement de la Miséricorde de Bordeaux atteint même la Pologne à travers la Congrégation dont fut membre Sœur Faustine que Jean-Paul II a récemment canonisée.

Comment passer sous silence les liens qui s’établissent dès 1817 à travers un contrat de partage de prières et de mérites entre la Miséricorde de Bordeaux et bien des missionnaires qui s’embarquaient là pour l’Afrique ou l’Extrême Orient.
Je n’irai pas plus loin dans cette évocation de Mademoiselle de Lamourous, laissant à d’autres voix plus autorisées que la mienne et en d’autres circonstances le soin de le faire et de mettre en lumière la fécondité, l’actualité de son œuvre et de ses intuitions. Comment, par exemple, ne pas penser qu’au-delà de la famille religieuse à laquelle elle a donné naissance, une œuvre comme celle du Nid est bien un fruit du même don de l’Esprit.

Mais en ouvrant avec vous cette année Lamourous, je tiens à l’insérer dans notre projet pastoral diocésain et tout particulièrement dans cette année de l’Appel dont Mgr l’Archevêque donne le coup d’envoi à la cathédrale le 30 novembre, en la solennité de St André.
La figure et l’exemple de Mlle de Lamourous me paraissent d’une brûlante actualité et particulièrement stimulants pour nous aujourd’hui.

Nous aussi, nous vivons dans un monde troublé où l’Eglise connaît des épreuves et des appauvrissements : sécularisation, crise des vocations et de la transmission de la foi, nombre croissant de pauvres et de blessés de la vie. Mais c’est dans ce monde que le Seigneur nous appelle, chacun et en Eglise, à être ses témoins, à annoncer et à donner à voir quelque chose de la Bonne Nouvelle, de son Amour pour tous les hommes.
Comme Marie-Thérèse, nous sommes appelés à nous enraciner, comme elle a osé et su le faire, dans l’aujourd’hui que Dieu donne dans le don et l’appel de nos baptêmes, de nos confirmations, de nos mariages, de nos ordinations, de nos consécrations, dans la suite confiante de Jésus Christ au cœur de ce monde, en choisissant de ne pas être seulement des suiveurs enthousiastes, blasés ou déprimés de toutes les fluctuations de courants de pensée qui traversent notre société.
Aidons-nous à nous reconnaître, aujourd’hui, tels que nous sommes, aimés de Dieu, appelés, rassemblés, façonnés et envoyés par Lui à ce monde, à ces personnes qui attendent, plus ou moins consciemment, la Bonne Nouvelle et ont besoin de découvrir à travers nos pauvres paroles et gestes qu’elles sont reconnues, estimées, aimées et appelées à la dignité et à la liberté des enfants de Dieu. Plus elles sont victimes de la société et du manque d’amour et plus elles en ont besoin.
Ensemble, donnons-nous les moyens de mieux reconnaître et de mieux vivre cela. Vivons-le, comme Mlle de Lamourous, en Église dans la fidélité à ses Pasteurs.
Acceptons et demandons les moyens de vivre l’Église, d’être Église appelée, appelante et missionnaire, là où nous sommes avec les moyens qui sont les nôtres, dans le respect des vocations spécifiques et, en particulier, dans l’attente active, appelante et l’accueil et le soutien des ministères ordonnés, dans la coresponsabilité vécue avec eux, dans l’attente active et l’accueil des vocations religieuses et missionnaires.
Comme Marie-Thérèse de Lamourous, apprenons à vivre la fidélité, la disponibilité aux appels de Dieu et aux véritables attentes du monde dans la durée, dans la nuit des incertitudes, que ce soit pour choisir l’orientation radicale de nos vies ou pour pousser au large en accomplissant le pas du jour au souffle de l’Esprit.
Comme elle, acceptons le décloisonnement, l’ouverture et le partage avec les autres communautés chrétiennes dans une authentique et nécessaire communion.

Qu’à son exemple et à sa prière, elle obtienne pour le diocèse de Bordeaux, à la richesse spirituelle duquel elle a tant contribué, la grâce d’un véritable renouveau évangélique et d’une audace missionnaire, à la mesure des temps que nous vivons et de la confiance que Dieu nous manifeste en nous appelant et en nous donnant mission et grâce d’être ici, aujourd’hui, des témoins de son amour."
Amen.
16 novembre 2003

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