Soeurs de Marie Joseph et de la Miséricorde
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        La Miséricorde dans notre mission

La Miséricorde dans notre mission

Soeur Bénédicte Labelle

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  • 5 mai 2016
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"Le pape François nous a dit, le 2 avril dernier, "Une foi qui n’est pas capable d’être miséricordieuse, n’est pas la foi ; c’est une idée, une idéologie. Notre foi est incarnée. Dieu s’est fait chair pour nous et a souffert pour nous..."


"... Et pour incarner notre foi, le Pape nous propose des œuvres de miséricorde, corporelles et matérielles ; j’y reviendrai.

Après plusieurs dizaines d’années vécues en prison : à Fleury au service de la réinsertion par la formation professionnelle, puis au Dépôt de la Préfecture de Police,
je suis depuis 3 ans à la communauté Mambré à Paris. Mambré est une communauté inter-Instituts (nous sommes 3 sœurs de congrégations différentes) au service de l’accueil des familles venant visiter un des leurs au parloir de la prison.

Œuvre particulière, ouverte depuis une quinzaine d’années, elle s’inscrit tout naturellement dans le charisme de la congrégation. Personnellement, je suis contente de la vivre ; car si l’on parle beaucoup des victimes, et avec raison ; on parle aussi des personnes détenues, souvent sous leur jour le plus négatif ; mais en fait, on parle très peu des familles qui viennent au parloir. Or la miséricorde s’adresse à toutes ces catégories de personnes. Les familles sont des personnes qui souffrent beaucoup, qui portent souvent un lourd fardeau. Et c’est d’elles que je voudrais témoigner ce soir.

Les familles, et toutes les personnes de divers horizons que nous recevons, nous font vivre les œuvres de miséricorde dont parle notre Pape :

- les œuvres corporelles : l’accueil des étrangers, la visite aux prisonniers, etc. prennent source dans le chapitre 25 de St Matthieu, celui qui est au cœur de notre charisme...

- et les œuvres spirituelles : consoler les affligés ; supporter patiemment les défauts des autres, et parfois leur sans-gêne, voire leurs rebuffades.

"Des œuvres de miséricorde : pourquoi ? Parce que chacun de nos frères, que nous devons aimer, est la chair du Christ. Dieu s’est fait chair pour s’identifier avec nous. Et ce qu’il souffre, c’est le Christ qui le souffre" nous dit encore le Pape.

Pensons-nous assez souvent :

- à la force de l’amour, à l’abnégation des parents qui viennent régulièrement au parloir pendant des mois, des années ?

- A la souffrance de savoir, et de ne pas comprendre comment leurs enfants sont "passés à l’acte", ont commis un délit grave ?

- et à toutes les brimades, petites ou grandes qu’ils supportent au parloir, souvent sans rien dire pour ne pas compromettre les prochaines visites.

Face à cette souffrance des parents, comme à la prison, notre mission est d’abord d’écouter ce qu’ils veulent bien dire, ce qu’ils peuvent dire, dans la mesure où ils peuvent la faire comprendre, indépendamment de la barrière des langues. Et même s’ils ne disent rien, notre regard, notre attitude doit faire sentir à tous notre accueil, notre compassion, notre compréhension.

A Mambré, nous n’offrons pas qu’un accueil hôtelier, moins onéreux. Notre mission est essentiellement accueil, fait d’écoute, mais aussi du soin apporté au cadre pour qu’il permette une détente, un repos, une pause.

Et si nous donnons, nous recevons aussi : de modestes "merci" qui en disent long sur la reconnaissance des personnes accueillies, et qui se traduit en gestes du cœur : gâteries comme ces biscuits corses, des fleurs ; je pense aussi à la fleur qu’une femme musulmane a voulu mettre à Myriam (la statue de Marie dans l’escalier) en nous disant qu’elle avait été place de la Bastille se recueillir après les attentats ! ; et surtout la joie d’annoncer une libération prochaine, le retour "au pays" !
Des liens se sont noués avec beaucoup, au fil des mois et des années.

Je voudrais vous donner quelques exemples de vie : et je pense tout de suite à cette jeune femme connue à Fleury, qui, après un crime passionnel, ne supportait pas l’idée d’avoir ôté la vie à quelqu’un qu’elle aimait (mais qui l’avait trompée) ; elle passait des journées entières à sangloter dans sa cellule. Sa famille habitant le sud ne pouvait venir souvent la voir. Alors la maman a pris la décision d’acheter une caravane qu’elle a plantée à Ste Geneviève des Bois et où elle a vécu seule pendant 2 ans ; elle a pu ainsi venir au parloir 3 fois par semaine, ce qui a permis à sa fille de remonter la pente et de reprendre confiance en elle.

Et cette jeune femme, visitée chaque semaine par sa nombreuse famille après un délit grave : lorsque la condamnation à perpétuité a été décidée au procès, la famille a créé une association pour s’assurer que les visites dureraient régulièrement autant que l’enfermement en prison et pour la soutenir financièrement !

Je pense aussi à ce couple âgé, à ce papa, qui viennent chaque mois du pays basque espagnol pour visiter leur fils pendant des années, malgré leur âge et la fatigue du voyage.

Il y a quelques temps, j’ai regardé à la télé un reportage intitulé "parents à perpétuité", bouleversant témoignage des parents de Mattieu, condamné à perpétuité, bien que mineur, pour avoir violé et tué Agnès, une compagne de collège. Ils ont écrit un livre racontant leur parcours de douleur. Dans les colonnes du Figaro, un journaliste leur a demandé : "vous êtes les parents de l’assassin, du violeur et vous publiez un livre ; comprenez-vous que cela puisse choquer ?". pour ma part, ce qui me choque, ce n’est pas leur livre, mais qu’on puisse poser une telle question !!
Le lendemain du procès, Matthieu a dit à ses parents :"j’ai ce que je mérite, vous pouvez me laisser tomber, ne plus venir me voir, oubliez-moi". Les parents ont dit dans l’émission : "après cette affaire très médiatisée, beaucoup de gens ont détesté Matthieu, on est les seuls à continuer à l’aimer" !.

Et sa petite sœur, très jeune au moment des faits a témoigné : "pour moi, c’est comme si il y avait 2 Matthieu : un Matthieu blanc comme je le voyais avant, qui jouait et riait avec moi, c’était mon frère et ce sera toujours le mien ; et un Matthieu noir qui a fait une bêtise, qui n’arrive plus à se contrôler, qui a fait du mal à des gens ; mais je l’aime toujours."
Comment ne pas penser que sans le savoir, elle vit la miséricorde envers son frère ?

Jésus, laissons son regard nous rendre la joie et l’espérance, nous exhorte le Pape. Oui, c’est notre regard qu’il faut convertir fasse aux parents des personnes détenues. Ne pensons pas trop vite, comme une grande partie de l’opinion publique, que la cause du délit se trouve dans le milieu familial, dans l’éducation, culpabilisant ainsi les familles ! Laissons-nous regarder par le Christ qui veut nous guérir de tous les "jugements-regards" que nous portons. Laissons nous regarder par Jésus.

Le Pape François insiste sur la foi dans l’efficacité de ce regard de miséricorde :
"crois-tu qu’il est possible qu’un percepteur devienne serviteur ?
crois-tu qu’il est possible qu’un traître devienne un ami ?
crois-tu qu’il est possible que le fils d’un charpentier soit le Fils de Dieu ?..."

Et apprenons à nous laisser regarder et à regarder comme lui , le Christ, nous regarde ; nous ne pouvons porter un regard de miséricorde sur ceux que nous rencontrons, que si nous avons conscience d’être nous–mêmes objets de miséricorde.

Pour terminer, je vous cite encore le Pape François :

"Partageons la tendresse de Jésus et sa miséricorde avec les prisonniers -avec leurs familles. Jésus regarde toujours le plus authentique qui subsiste dans chaque personne, qui est précisément l’image de son père."

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